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Habiter l'Arctique

Coordination : Claire Alix, Fabienne Joliet, Alexandra Lavrillier

Dans ce thème, nous posons la question de ce qu’est « l’Arctique habité », de ce que sont ses multiples dimensions qui comprennent celles des innovations, des adaptations, des mémoires et des vestiges, des constructions, et de la façon dont l’Arctique habité interagit avec les dynamiques des changements globaux. Les habitants participent aussi aux changements globaux, contribuent à les définir et en soulignent les enjeux.

La relation à l’habiter permet d’interroger, suivant une perspective holistique, la dynamique de l’entrelacement des territoires d’activités des humains et non-humains, dont les traces matérielles se retrouvent dans des assemblages aussi bien archéologiques que contemporains. “L’habiter” (Ingold 2000, 2020) est un concept englobant les rapports au monde, les savoirs locaux, les expériences vécues (y compris l’attachement au lieu) et les conditions naturelles environnementales. “L’habitabilité du monde” (Besse, 2018) est un outil utile pour rappeler que les sociétés humaines ne sont pas les seules à habiter l’Arctique, ce large espace qui abrite également des « non-humains » (des animaux, des végétaux, des esprits).

© J. Taïeb

L’habiter en Arctique est une relation que construisent, dans le temps, les habitants avec leur environnement, de la micro-échelle à l’échelle du territoire, mettant en jeu les dimensions matérielles, sociales et symboliques des sociétés. Des cairns aux églises chrétiennes, les résidents de l’Arctique marquent le territoire de leurs engagements spirituels et religieux dans leur diversité par des rituels éphémères ou des constructions pérennes. Les modes d’habiter s’expriment également dans la façon dont les humains tissent des liens avec diverses entités surnaturelles. Le concept permet par ailleurs d’interroger la manière spécifique dont les habitants d’un territoire comprennent et catégorisent leur monde. Le paysage, agissant comme un palimpseste, constitue une porte d’entrée pour étudier ses relations avec ses habitants au travers de ses potentialités et de l’esthétique qui constituent le bien-être de son cadre de vie.

L’approche « habiter l’Arctique » permet aussi d’analyser les rapports entre sociétés autochtones et allochtones, notamment par la façon dont sont construits et vécus les projets (miniers, touristiques, etc. On peut ainsi dépasser la vision d’un Arctique transformé de l’extérieur pour s’intéresser aux pratiques et aux dynamiques locales d’un point de vue à la fois historique et très contemporain afin d’interroger les relations de pouvoir et de domination dans la définition d’un “habiter arctique”. Il s’agirait alors de réfléchir à la façon dont sont imposées certaines représentations portées par des entités coloniales (gouvernements, compagnies minières, forestières, hydroélectriques, etc.) pour imposer une réalité homogène et universelle fondée sur des intérêts propres qui ne sont pas ceux des communautés locales.